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#1 15-04-2009 09:11:58

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Cyber-renseignement: vers une agence nationale ?

Cyber-renseignement: vers une agence nationale?

Article posté par Franck Bulinge
12 mars 2009
Sur http://cerad.canalblog.com

En 1992, Neal Stephenson publiait « Le samouraï virtuel » (titre original : Snow Crash), roman duquel est née le concept de métavers et d'avatar dont s'inspireront les concepteurs de Second Life né en 2003. Dans un ouvrage intitulé « Guerre dans le cyberespace », paru en 1995 aux éditions La Découverte, Jean Guisnel évoquait les « premiers guerriers du cyberespace », faisant figure de précurseur, du moins en France. Son chapitre sept, intitulé « L'âge d'or des cyberflics », explorait des menaces émergentes sur le net, dont l'islamisme et les néonazis, tandis que le chapitre huit traitait de la guerre de l'information. 14 ans après la parution de cet ouvrage, qu'en est-il de ces menaces et quelles ont été les mesures prises pour développer le cyber-renseignement ?

De l'OSINT au cyber-renseignement

Jusqu'à présent, on considérait Internet plutôt comme un « méta-média » par lequel on pouvait collecter de l'information « ouverte » et pratiquer « l'open source intelligence » (OSINT). Cependant, le Web 2.0 a entraîné une mutation des usages en faisant d'Internet un lieu de communication caractérisé par son interactivité. Ainsi l'internaute n'est plus simplement un consommateur d'information, il est devenu un producteur bénéficiant d'une diversité de moyens sans commune mesure avec la première génération du web.

Le concept de cyber-renseignement marque un changement de paradigme dans l'utilisation d'internet. On évolue ainsi de l'OSINT vers le cyber renseignement où internet représente un espace stratégique au sein duquel interagissent de multiples acteurs (islamistes, néonazis, sectes, mafias, etc.). Une nouvelle forme de menace est clairement perçue par les autorités qui doivent réagir en créant des unités de cyberagents capables de se mouvoir sur Internet et notamment dans les mondes persistants (Second Life et jeux multi-joueurs en ligne), d'y collecter des informations, de les analyser, et de développer des stratégies et des méthodes tactiques.

La France prend-elle du retard ?

En France, où paradoxalement le phénomène Internet a été relativement long à démarrer, chercheurs et services de renseignement se sont très vite mis au travail pour produire des méthodes et des outils qui n'avaient rien à envier à nos alliés anglo-saxons. Ainsi l'ouvrage de Jean Guisnel reflétait-il fidèlement le savoir-faire de nos services dès le début des années 90.

Toutefois, si les services francais ont été parmi les premiers à s'intéresser au phénomène, on peut penser qu'ils n'ont pas pris la mesure de la mutation du Web 2.0, et même qu'ils ont pris du retard quant à la manière de l'appréhender. Parmi les raisons qui pourraient expliquer cette hypothèse, citons les difficultés que rencontre la recherche en matière de traitement de l'information non structurée, mais également l'absence d'une recherche interdisciplinaire centrée sur les pratiques de cyber-renseignement.

Une autre raison de ce retard tient à mon avis au fait que la plupart des services mettent en œuvre leurs propres unités de veille sur Internet ce qui, même en supposant qu'elles assurent une coordination entre elles, ne peut manquer d'entraîner un phénomène d'atomisation des ressources et des pratiques préjudiciable à une dynamique de développement cohérente. Cette situation se trouve accentuée par le fait que de telles structures, au regard de la culture opérationnelle des services, sont considérées au mieux comme une activité de support, où ne seront affectés a priori, que les personnels passionnés ou « mis au placard».   

Vers une agence nationale de cyber-renseignement ?

Ces deux dernières années ont vu augmenter le nombre d'articles de presse consacrés à la menace islamiste sur Internet, signe que la menace est devenue plus palpable, voire plus réelle aux yeux du pouvoir politico-médiatique. De fait, elle est évoquée dans le Livre blanc 2008, et l'on note une série d'interventions remarquées de la ministre de la défense sur cette question. Deux dossiers ont par ailleurs été consacrés à la cybercriminalité et à la cyberguerre dans la revue Défense nationale et sécurité collective, ainsi que dans les Cahiers de la sécurité (1). Ainsi, bien que l'on manque encore de visibilité conceptuelle, de méthodes et d'outils pour appréhender ce nouvel espace géopolitique, il ne fait aucun doute que le cyber-renseignement devrait, si ce n'est déjà le cas, devenir l'une des priorités des services français.

La meilleure stratégie consisterait dès lors à créer une agence de cyber-renseignement dans laquelle seraient fusionnées les unités actuellement pilotées par les différents services, à l'instar du renseignement électromagnétique (SIGINT) et du renseignement spatial (IMINT). Il s'agira dans le même temps de former les futurs cyberagents sur la base d'un programme commun, élaboré dans le cadre d'une politique de recherche centrée sur les méthodes, outils et pratiques de cyber-renseignement. Un vrai challenge en somme, puisqu'il faut rapidement construire et/ou synthétiser des connaissances afin de les transmettre aux professionnels, alors même que le cyberespace est en constante évolution.

(1)  Voir notamment : Défense nationale et sécurité collective de mai 2008, « De la cybercriminalité à la cyberguerre » (128 pages), préface de la ministre de la défense ; les Cahiers de la sécurité n°6, octobre-décembre 2008, « La criminalité numérique » (172 pages), édités par l'INHES.

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